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Interview : Stefanie De Loof, du service pédiatrique des Cliniques de l’Europe – site Sainte-Élisabeth.
Quel est le rôle d’une infirmière en chef ?
Stefanie De Loof: Elle est l’interface entre son équipe, les parents, les médecins et la direction. Une infirmière en chef doit diriger une équipe infirmière, c’est-à-dire qu’elle doit veiller à la qualité des soins dans le service. Une tâche importante de la fonction consiste à bien déléguer les soins, ce qui implique de diriger l’équipe, d’établir les horaires de travail, de faire preuve de diplomatie, de gérer les conflits ou les plaintes, de superviser les soins et, au besoin, de rectifier le tir. La structure des soins est également très importante. Et puis, il y a la dimension de collaboration avec les médecins. Il est très important de faire en sorte que cette collaboration entre infirmières et médecins se passe le mieux possible. La dimension médicale compte aussi. Il faut être présent sur ce plan et donner les conseils infirmiers nécessaires, parce que finalement, ce sont les infirmières, et non les médecins, qui côtoient les enfants 24 heures sur 24. Une infirmière en chef doit pouvoir donner son avis et trouver une voie médiane entre les priorités des médecins et des infirmières. Souvent, je joue un rôle de coordination, parce que je fais aussi partie des cadres moyens et que je dois assurer la permanence à l’hôpital. Je suis donc de garde pour l’ensemble de l’hôpital plusieurs fois par an.
Le métier d’infirmière en chef est-il pénible ?
SDL: sans vouloir généraliser, c’est un métier difficile. Mais cela dépend du type d’hôpital concerné. Ici, nous sommes dans une petite clinique. Je pense que, dans un hôpital universitaire, où le service est plus grand et où les choses se passent différemment, c’est encore plus difficile. Vous devez aussi voir le type de service, et s’il vous correspond ou non. Comme la pédiatrie est justement ma spécialité, je suis tout à fait à ma place ici. La période de l’année est aussi un facteur déterminant. Si je devais répondre à votre question en plein hiver, alors que le service est plein d’enfants malades, j’aurais plutôt tendance à dire que mon métier est très difficile. Mais pendant l’été, il y a moins d’enfants malades et donc, cela va encore. On ne peut apporter de réponse tranchée. Par contre, il est vrai que l’on doit assumer de lourdes tâches et avoir les épaules solides. Personnellement, j’adore mon métier et je ne rentre pas trop stressée à la maison. Je me sens vraiment bien dans ma fonction et je suis heureuse de mon choix !
Quel genre de problèmes devez-vous gérer en tant qu’infirmière en chef ?
SDL: l’infirmière en chef joue un rôle d’intermédiaire et doit donc faire preuve de diplomatie. Elle est la porte-parole des infirmières vis-à-vis des médecins, des parents et de la direction. Parfois, des conflits peuvent surgir. Les décisions passent toujours par moi, chacun a ses intérêts à défendre et il arrive naturellement qu’il y ait des frictions, y compris entre les infirmières. L’infirmière en chef doit gérer ces situations avec tact.
Qui est responsable en cas de faute ?
SDL: moi, mais naturellement pas pour les actes des autres. Je suis chargée de vérifier ce qui a mal tourné, qui a commis une faute et ce qu’il faut faire pour la rectifier. Quand une infirmière commet une faute, c’est moi qu’on vient trouver. Supposons que cela débouche sur un procès, je devrais aussi rendre des comptes, c’est un fait. Mais on ne me mettra pas en prison parce que quelqu’un d’autre a commis une faute médicale. Heureusement, je suis à la tête d’une bonne équipe, à même de garantir la qualité des soins.
Quelles questions les patients, les infirmiers et les familles vous adressent-ils ?
SDL: ce sont des questions de toute sorte sur les infrastructures, les horaires, … Par ailleurs, il y a toujours des souhaits d’amélioration – je pense par exemple à l’espace. Les hôpitaux manquent systématiquement d’espace : les couloirs ou les chambres pourraient être un peu plus grands. Nous allons nous efforcer de répondre à ces attentes à l’avenir. C’est donc un pas dans la bonne direction, même si on peut toujours mieux faire.
Qu’est-ce qui vous stresse le plus dans votre métier d’infirmière en chef ?
SDL: je suis constamment sollicitée. Il y a toujours quelqu’un pour me poser une question, ou alors, mon GSM sonne, ou j’ai un rendez-vous… Une infirmière en chef doit rester en permanence disponible pour tout un chacun. Quand vous voulez vous isoler pour achever un travail, ou que vous devez vous concentrer un peu et qu’on n’arrête pas de vous appeler, il y a de quoi être stressé ! Grâce à mon GSM, je suis joignable en permanence. J’ai fait ce choix en connaissance de cause. Je pourrais confier mon GSM à un collègue, mais je tiens à savoir qui s’occupe de quels enfants, quels enfants doivent partir pour le bloc opératoire, quand ils en reviennent, prendre connaissance des résultats des analyses, etc. Je veux garder une vue d’ensemble, j’aime conserver un certain contrôle sur mon service. C’est un choix personnel. Je pourrais aussi lâcher prise, ne plus m’occuper des soins ou me retirer complètement, et voir comment ça marche, mais cela m’est vraiment impossible.
Dans quelle mesure les exigences et les questions des patients ont-elles changé par rapport au passé ?
SDL: il y a eu beaucoup de changements, en effet. J’exerce ce métier depuis dix ans, et je trouve que beaucoup de choses ont changé, surtout vis-à-vis des infirmières. Les gens sont devenus plus exigeants ! La fonction hôtelière de l’hôpital s’est considérablement renforcée. Les gens attendent un service immédiat, comme dans un hôtel. Ce n’est pas toujours facile pour le personnel infirmier. Prenons le cas d’un hôpital du jour : les patients arrivent le matin et peuvent rentrer chez eux l’après-midi. Les parents s’imaginent que, dès que leur enfant sortira du bloc opératoire, le médecin l’examinera immédiatement pour leur permettre de rentrer à la maison. Mais ils oublient que le médecin couvre tout l’hôpital et que parfois, il doit d’abord voir ses patients. Les gens oublient ça ! Tout doit aller vite, et ce n’est pas toujours évident pour nous. Je suis convaincue que le personnel soignant a vocation à changer cette mentalité. Par exemple en conscientisant les gens et en leur disant, dès la consultation, qu’ils doivent prévoir une journée entière, autrement dit en leur expliquant clairement comment l’intervention se déroulera. Autrefois, on trouvait tout à fait normal qu’une amygdalectomie prenne trois jours. Le personnel soignant est du coup plus stressé ! Mais les patients sont aussi, d’une certaine manière, des clients, bien que je n’aime pas les qualifier de la sorte car ils restent avant tout des patients. Finalement, il faut toujours faire preuve de diplomatie.
Existe-t-il une formation d’infirmière en chef ?
SDL: oui, on peut actuellement suivre plusieurs formations différentes. À mon sens, il est important qu’une infirmière en chef ait des capacités de direction. Il n’existe pas de master pour devenir infirmière en chef, mais on peut suivre un master en sciences infirmières, en criminologie ou dans une autre matière. J’ai aussi obtenu mon agrégation, ce qui m’a beaucoup appris en matière de direction et de dynamique de groupe.
Que diriez-vous à celle qui se lance comme infirmière en chef ?
SDL: je lui dirais de faire attention aux changements. Il est important de susciter l’adhésion de l’équipe infirmière au changement et de savoir à quel moment on peut mettre celui-ci en œuvre. Pour le reste, il faut garder son calme et essayer de se montrer le plus flexible et le plus résistant possible, ce qui est plus facile à certains moments qu’à d’autres. Enfin, essayer de se délester, trouver quelqu’un dans l’hôpital à qui se confier, ou se tourner vers le psychologue du service. Il faut laisser les problèmes à l’hôpital au lieu de les ramener chez soi.
Nous vous remercions pour ce témoignage et nous vous souhaitons bonne continuation.
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